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Persécution des chrétiens par Néron : l’incendie de Rome (64 ap. J.-C.) et pourquoi le monde nous persécute toujours

Introduction

En juillet 64 après Jésus-Christ, un gigantesque incendie ravagea Rome pendant près d’une semaine. Sept des quatorze régions de la capitale furent détruites, trois totalement anéanties. Les soupçons se portèrent rapidement sur l’empereur Néron. Sa passion pour les constructions grandioses et les plaisirs théâtraux nourrissait l’idée qu’il aurait lui-même allumé le feu pour rebâtir une Rome à son image.

Mais la rumeur menaçait son pouvoir. Pour détourner la colère populaire, Néron désigna un bouc émissaire : les chrétiens, alors minoritaires et souvent mal compris.

Tacite, dans ses Annales (XV, 44), rapporte que « Néron subdit des coupables » — autrement dit, il fabriqua des accusés. Ces hommes et ces femmes furent condamnés non tant pour l’incendie que pour « leur haine du genre humain », selon l’expression de l’historien latin.

Le témoignage de Tacite

1. Le livre XV des Annales de Tacite

Parmi les sources antiques qui évoquent la persécution des chrétiens sous Néron, aucune n’a eu autant de résonance que celle de l’historien romain Tacite, dans le livre XV de ses Annales.

Écrivain païen et sénateur rigoureux, il ne cherche pas à défendre la foi chrétienne, mais à relater les faits. Son texte, d’une force tragique, reste l’un des premiers témoignages non chrétiens sur l’existence de Jésus et de ses disciples.

“Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d’autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d’hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d’abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d’autres, qui furent bien moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s’ouvraient à la compassion, en pensant que ce n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés.”
Tacite, Annales XV, 44

2. Les informations principales

Le texte de Tacite, extrait des Annales, décrit les événements survenus à Rome après l’incendie de 64 ap. J.-C. Il rapporte comment Néron a désigné les chrétiens comme responsables, les persécutions qu’ils ont subies, l’origine de leur nom et la diffusion de leur secte, ainsi que la réaction de la population face à ces violences.

Les points suivants résument les informations principales contenues dans ce témoignage.

2.1. Accusation des chrétiens après l’incendie de Rome

Tacite indique que, pour détourner la colère du peuple après l’incendie, Néron « offrit d’autres coupables » et les fit souffrir de sévices. Il précise que « aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie », montrant que l’accusation contre les chrétiens servait à apaiser l’opinion publique.

2.2. Persécutions et tortures

Les chrétiens désignés subissent des supplices publics très violents. Tacite rapporte :

« Les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux ».

Ces violences avaient lieu dans les jardins de Néron, « qui prêtait ses jardins pour ce spectacle », transformant la persécution en divertissement public.

2.3. Origine du nom « chrétien » et mention de Jésus

Tacite mentionne explicitement l’origine du nom et la personne de Jésus :

« Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus ».

Il établit ainsi que les chrétiens se réclamaient de Christ et rappelle le cadre historique de son exécution.

2.4. Diffusion de la secte

Malgré la répression, le christianisme continue de se répandre. Tacite note que cette « exécrable superstition se débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même », indiquant que le mouvement attire des adeptes dans la capitale et au-delà, et ce malgré les persécutions.

2.5. Réaction de la population

Enfin, Tacite rapporte la réaction des Romains :

« Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s’ouvraient à la compassion, en pensant que ce n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés ».

Cela montre que la population distinguait entre la culpabilité supposée et la brutalité des châtiments imposés par Néron.

Pourquoi les Romains haïssaient-ils les chrétiens

1. Une menace pour l’ordre établi

Pour comprendre la haine des Romains envers les chrétiens, il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Rome était un empire fondé sur la religion civique : honorer les dieux, c’était soutenir la cité. Refuser de sacrifier aux divinités officielles, c’était rejeter la société elle-même. Les chrétiens, en refusant le culte des dieux et de l’empereur, apparaissaient comme des traîtres à la communauté.

À leurs yeux, le christianisme était une superstition étrangère et perverse, destructrice des valeurs romaines. L’historien romain Suétone employa cette formule pour qualifier le christianisme :

“Superstitio nova ac malefica” (Suétone, Vie de Néron, 16)

Elle se traduit par « superstition nouvelle et maléfique » et reflète le regard de l’Empire romain sur une religion jugée déviante et potentiellement dangereuse parce qu’elle était nouvelle et ne respectait pas les critères des religions traditionnelles romaines, menaçant l’ordre public. 

2. Une foi incompréhensible

Le christianisme renversait les repères philosophiques et moraux du monde romain :

  • Il proclamait l’égalité entre esclaves et maîtres, hommes et femmes.
  • Il valorisait la pauvreté, la chasteté et le pardon des ennemis.
  • Il annonçait un Royaume qui n’était pas de ce monde.

Pour les Romains, c’était une folie : une foi d’esclaves et de femmes, contraire à l’honneur et à la raison.
À une société qui glorifiait la force, les chrétiens répondaient par la croix.
À une civilisation qui adorait les idoles, ils proclamaient un Dieu invisible et unique.

3. Une incompréhension sociale et morale

Les chrétiens vivaient souvent à part, refusaient les banquets idolâtres, se réunissaient la nuit, s’appelaient entre eux “frères” et “sœurs”.
Tout cela alimentait les rumeurs d’incestes, de complots et de sacrifices secrets.
Tacite, bien que critique envers Néron, reflète ce climat : pour le peuple romain, ces disciples du Christ étaient “haïs pour leurs infamies”, comme s’ils portaient atteinte à la nature même de l’humanité.

Pourquoi les chrétiens sont-ils toujours haïs aujourd’hui ?

Si les bêtes du cirque et les torches de Néron ont disparu, la haine envers les chrétiens n’a pas cessé — elle a seulement changé de visage.

Dans un monde façonné par le libéralisme moral et le relativisme postmoderne, la foi chrétienne demeure un scandale, car elle affirme qu’il existe une vérité unique et un bien objectif. Là où la société proclame que chacun définit sa propre vérité, le chrétien rappelle qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qu’une seule voie, qu’une seule lumière. La notion même de péché — en particulier lorsqu’elle concerne l’homosexualité, le transsexualisme ou la dissolution morale — provoque un rejet viscéral, car elle heurte la conscience moderne qui ne veut plus de limites ni de repentance.

À cela s’ajoute le retour du religieux sans Dieu : fascination pour le paganisme, le néo-spiritualisme, ou les cultes de la nature, qui réhabilitent les idoles que le christianisme avait renversées. Ce rejet du Dieu du Christ n’est pas nouveau : c’est celui du monde qui préfère les ténèbres à la lumière.

Comme l’écrit Jean, “la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue” (Jn 1,5).

C’est précisément parce que la lumière du Christ continue d’éclairer que le monde la repousse encore — sans jamais pouvoir l’éteindre.

Un appel à la persévérance

Frères, souvenons-nous : les premiers chrétiens n’ont pas seulement souffert à cause d’un empereur cruel, mais parce qu’ils étaient différents. Leur lumière révélait les ténèbres d’un monde qui ne voulait pas être dérangé.

Aujourd’hui, Rome n’existe plus, mais l’esprit de Rome demeure. Notre société, saturée d’images, de consommation et de relativisme, regarde encore la foi chrétienne comme une “superstition dépassée”.

Mais le Christ n’a jamais promis la facilité :

“Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous.” (Jean 15:18)

Comme les croyants de Rome, nous sommes appelés à tenir ferme.
Non pas par la colère, mais par la fidélité.
Non pas en répondant à la haine, mais en demeurant dans la vérité et la charité.

“Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable.” (Éphésiens 6:11)

Le combat n’est plus celui des arènes, mais celui de l’esprit.
Il se joue dans nos choix, nos paroles, notre courage à témoigner du Christ dans un monde qui préfère se moquer de Lui plutôt que de L’écouter.

Ne laissons pas le feu du monde consumer notre foi — que le feu de la foi consume plutôt le monde.
Les martyrs de Néron sont tombés dans la nuit, mais leur lumière ne s’est jamais éteinte.
À nous, aujourd’hui, d’être ces flambeaux.

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